Onze dossiers distincts mettent en cause directement Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche (PS-Écologistes-PCF) à la mairie de Paris pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Pour chacun d’entre eux, les faits et la chronologie ont été résumés et sourcés précisément. Pour chaque affaire, il est essentiel de rappeler pourquoi ces faits posent problème du point de vue de la responsabilité politique et pourquoi ils remettent en cause la crédibilité et la compétence du candidat à la mairie de Paris.

Emmanuel Grégoire a occupé les fonctions suivantes au sein de la Ville de Paris : adjoint aux ressources humaines (2014–2017), adjoint aux finances, au budget et à la transformation des politiques publiques (2017–2020), adjoint à l’urbanisme et au Grand Paris (2020–2024), et premier adjoint à la maire de Paris (2018–2024). Il est ensuite élu député de Paris en juin 2024.

Scandale des violences dans le périscolaire parisien

Quels sont les faits ?

Fin 2025, le parquet de Paris est saisi d’une quarantaine de plaintes de parents dénonçant ou suspectant des agressions sexuelles sur leurs enfants à l’école. Une vingtaine d’adultes sont mis en cause, dont une grande majorité d’animateurs du périscolaire. En 2025, une quarantaine d’animateurs sont suspendus, dont 20 pour suspicion de faits à caractère sexuel.

Le 29 janvier 2026, Cash Investigation (France 2) diffuse une enquête en immersion dans le périscolaire parisien. Une journaliste s’est fait embaucher comme animatrice par la Ville de Paris et a filmé en caméra cachée des violences verbales et comportements inappropriés d’encadrants dans une école maternelle. Dominique Versini, Défenseure des enfants de la Ville de Paris, rapporte avoir reçu 150 saisines concernant particulièrement le périscolaire depuis sa nomination en décembre 2025.

Emmanuel Grégoire était premier adjoint d’Anne Hidalgo de 2018 à 2024, et précédemment adjoint aux ressources humaines (2014–2017). Il se trouvait donc au cœur de l’appareil décisionnaire sur les recrutements et la gestion du personnel municipal, y compris les animateurs périscolaires.

Face aux révélations, Emmanuel Grégoire affirme le 16 février 2026 sur ICI Paris Île-de-France : « Ces affaires ne sont jamais remontées sur mon bureau », tout en déclarant : « Je me sens responsable à titre personnel, car quand on est maire, on est responsable de tout, y compris de ce que l’on ne sait pas ». La veille, sur BFMTV, il concède : « A posteriori, j’aurais dû plus m’occuper de ce sujet », tout en précisant que le périscolaire « n’était pas du tout dans [son] portefeuille ».

La sénatrice LR Agnès Evren dénonce le fait que sous la gestion Grégoire, des recrutements d’animateurs se faisaient parfois en 24 heures. L’opposition souligne également qu’Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire ont toujours cherché à ramener ces faits à une prétendue « moyenne nationale ».

Sources : franceinfo (4 mars 2026), France 24 (22 février 2026), Cash Investigation (France 2, 29 janvier 2026), Public Sénat (30 janvier 2026).

Pourquoi ça pose problème ?

En tant qu’ancien adjoint aux ressources humaines de la Ville de Paris, Emmanuel Grégoire était directement compétent sur les procédures de recrutement et de contrôle du personnel municipal. En tant que premier adjoint de 2018 à 2024, il disposait d’une autorité hiérarchique transversale sur l’ensemble des services municipaux.

Le paradoxe est flagrant : Emmanuel Grégoire dénonce aujourd’hui une « omertà systémique » alors qu’il était membre de l’exécutif municipal.


Explosion de la rue de Trévise : la Ville renvoyée en correctionnelle, le procès reporté pour ne pas gêner Grégoire

Quels sont les faits ?

Le 12 janvier 2019, une explosion de gaz au 6 rue de Trévise (9e arrondissement) tue quatre personnes – deux pompiers, une touriste espagnole et une habitante – et en blesse 66. L’expertise définitive commandée par la justice conclut à un « défaut de vigilance et de technicité de la voirie » municipale, estimant que « l’explosion aurait pu être évitée » si la cause de l’affaissement du trottoir avait été recherchée.

En septembre 2020, la mairie de Paris est mise en examen pour « homicides et blessures involontaires » et « destruction par l’effet d’une explosion ». En février 2025, trois juges d’instruction ordonnent le renvoi de la Ville devant le tribunal correctionnel.

Emmanuel Grégoire, en tant que premier adjoint, a géré l’intégralité du dossier post-catastrophe. Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire ne voulaient pas signer l’accord-cadre d’indemnisation des victimes, redoutant que la signature de la municipalité vaille reconnaissance de culpabilité. Les victimes ont dû attendre près de trois ans pour obtenir cet accord, arraché aux forceps en janvier 2022.

Sept ans après la catastrophe, les victimes n’ont toujours pas été indemnisées. Les associations déplorent que les promesses n’aient pas été tenues et que les avocats de la Mairie aient affirmé devant les magistrats que « les victimes sont prises en charge » et que « les indemnisations se passent très bien ».

Point le plus explosif : le procès de la Ville de Paris, initialement prévu le 12 février 2026, a été reporté à octobre-décembre 2026. Les avocats d’Anne Hidalgo ont demandé ce report pour ne pas « porter atteinte au fonctionnement démocratique des élections » de mars 2026 – et ne pas gêner Emmanuel Grégoire.

Sources : Actu-Juridique (12 février 2026 et 13 janvier 2026), franceinfo (page thématique Trévise), Le Parisien, Wikipédia (page « Explosion de la rue de Trévise »).

Pourquoi ça pose problème ?

La Ville de Paris sera jugée pour homicides et blessures involontaires. Emmanuel Grégoire était premier adjoint pendant toute la période de gestion de la crise. Les victimes et leurs avocats estiment que la mairie a tardé à les indemniser. Et le report du procès pour raisons électorales donne le sentiment que l’appareil politique fait passer ses intérêts avant ceux des victimes.

Les victimes ont qualifié ce report de « séisme », déclarant avoir « le sentiment d’être condamnées à une peine de prison ferme quand elles attendaient que justice soit faite ».


Scandale Paris Habitat : soupçons de surfacturation et fraude

Quels sont les faits ?

En février 2026, Le Parisien révèle qu’une société de travaux chargée de remettre en état des logements sociaux est accusée d’avoir surfacturé à plusieurs reprises ses services auprès d e Paris Habitat (128 000 logements sociaux), avec la complicité présumée de gérants de ces HLM. Le préjudice pourrait se chiffrer à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Des élus socialistes et communistes figurant sur la liste d’ Emmanuel Grégoire – Éric Pliez (PS), Jérôme Coumet (PS) et lan Brossat (PCF, colistier de Grégoire) – auraient été informés par mail ou courrier des soupçons pesant sur Paris Habitat. Les syndicats avaient alerté sur de potentielles « surfacturations et prestations fictives ». Pour quelles actions concrètes ?

Si Paris Habitat a annoncé poursuivre Le Parisien en diffamation et lan Brossat dénoncé une « campagne de calomnie », il n’en demeure pas moins que la mairie de Paris aurait effectué un signalement (article 40) auprès du procureur, ce qui laisse entendre qu’elle a effectivement eu connaissance de délits.

Sources : France 3 Île-de-France (27 février 2026), Le Parisien, Orange Actu.

Pourquoi ça pose problème ?

En tant que premier adjoint en charge des finances et du budget, puis de l’urbanisme, Emmanuel Grégoire exerçait une tutelle politique directe sur les grands organismes municipaux, dont Paris Habitat. L’existence d’alertes transmises à des élus de la majorité soulève la question du suivi de ces signalements par l’exécutif municipal.


Dette record et gestion financière désastreuse

Quels sont les faits ?

En 2025, la Chambre régionale des comptes (CRC) d’Île-de-France publie un rapport de plus de 200 pages dressant un constat sévère sur la gestion financière de Paris : hausse continue de la dette, déséquilibres budgétaires, masse salariale jugée excessive.

La dette de Paris atteint près de 12 milliards d’euros en 2026, avec une durée de désendettement passée à environ 40 ans – très loin de la limite prudentielle de 12 ans pour les collectivités locales. La hausse de 62 % de la taxe foncière votée en 2023 est déjà « absorbée » par la gestion courante, selon la CRC.

Emmanuel Grégoire a été adjoint aux finances puis premier adjoint. Au Conseil de Paris, l’opposition l’accuse d’avoir vanté les mérites de l’endettement pendant des années, tout en empilant des mesures coûteuses sans en préciser le financement. Grégoire lui-même reconnaît que la dette est « passée de 1 à 9 milliards d’euros ».

Sources : Les Échos (rapport CRC), L’Essentiel de l’Éco (25 septembre 2025), débats au Conseil de Paris, Public Sénat (5 février 2026).

Pourquoi ça pose problème ?

Emmanuel Grégoire porte une responsabilité directe dans cette situation : il a été adjoint aux finances avant d’être premier adjoint. Le rapport de la CRC qualifie la situation de « fragile » en début de période et « dégradée » en 2024. Le futur maire devra faire des choix difficiles : réduction de la masse salariale, baisse des investissements ou nouvelle hausse de la fiscalité.


L’affaire des loyers capitalisés des HLM

Quels sont les faits ?

Derrière ce terme technique, se cache une réalité bien plus simple : il s’agit d’un mode de financement qui permet à la Ville de racheter des logements en utilisant son droit de préemption, de les convertir en logements sociaux et de demander au bailleur qui va les exploiter pendant les cinquante prochaines années de lui verser l’intégralité des loyers qu’il va percevoir en une fois.

Les bailleurs payaient d’avance à la Ville l’intégralité des loyers, ce qui a permis à la mairie d’encaisser entre 800 millions et 1,2 milliards d’euros et de les inscrire en recettes de fonctionnement pour équilibrer artificiellement son budget. Ce système opaque – organisé sous la présidence de François Hollande – a perduré pendant plusieurs années. Emmanuel Grégoire avait défendu cette pratique comme « parfaitement légale et validée par le ministère ».

Sources : Boursorama / Le Figaro / Capital (26 février 2020), Le Canard Enchaîné.

Pourquoi ça pose problème ?

Ce procédés permettaient d’une part de gonfler artificiellement les chiffres de création de logements sociaux et d’autre part de permettre à la ville d’équilibrer artificiellement son budget de fonctionnement (il est interdit d’avoir un budget de fonctionnement en déficit).

Pour faire vivre leurs ambitions politiques qui dépassaient largement les moyens de la Ville, Anne Hidalgo et son premier adjoint Emmanuel Grégoire ont fait usage de ce tour de passe-passe comptable en deux temps. Pour maintenir l’attractivité de la capitale et contenter les agences de notation financière, lui facilitant la souscription d’emprunt, il lui fallait présenter des budgets équilibrés. Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire ont alors imaginé et utilisé les loyers capitalisés pour gonfler artificiellement les recettes.

Ce procédé faisait l’objet d’une dérogation exceptionnelle à la réglementation accordée sous la présidence Hollande et dont seule la ville de Paris a bénéficié.

Cet « arrangement » avec les règles a cependant fait l’objet de tels abus et de tels sommes que le ministère des finances a été contraint d’interdire à la Ville de Paris de continuer à l’utiliser!

Par ailleurs, la mairie continue à revendiquer des créations de HLM alors qu’une partie significative de ceux ci n’est pas de la création de logements, mais la transformation de logements privés en logements sociaux !

Tout le monde est perdant: ces nouveaux logements ne correspondent pas pour la
plupart à de véritables logements sociaux accessibles aux ménages modestes et ils ont été retirés du marché privé (concourant ainsi à la pénurie et à la hausse des loyers)… tout en ruinant les bailleurs sociaux qui ont dû payer plusieurs dizaines d’années de loyers d’ avance à la ville pour que l’équipe Hidalgo-Grégoire poursuive son train de vie dispendieux et la dérive des finances publiques.

Il s’agit d’un véritable scandale, à tous les niveaux. Ce système opaque fait d’arrangements avec la réglementation a vidé les caisses des bailleurs sociaux, asséché le marché locatif de plusieurs dizaines de milliers de logements… tout en encourageant la folie dépensière de l’équipe Hidalgo et de son premier adjoint, Emmanuel Grégoire.


Frais personnels payés par l’argent public : le cas Éric Lejoindre

Quels sont les faits ?

Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement et directeur de campagne d’Emmanuel Grégoire, a été épinglé par la Chambre régionale des comptes pour avoir fait payer par les fonds publics des dépenses personnelles, y compris des repas familiaux et des frais de vacances. Ce fait a été rappelé au Conseil de Paris par l’opposition. Emmanuel Grégoire lui-même déclarait au Parisien : « Si nous pensons que ce n’est pas bien, et je le pense, ce ne sera plus possible

Sources : débats au Conseil de Paris (séance d’octobre 2025), Chambre régionale des comptes.

Pourquoi ça pose problème ?

Le directeur de campagne d’un candidat à la mairie de Paris est épinglé pour usage de fonds publics à des fins personnelles. Malgré ses déclarations, Emmanuel Grégoire lui a maintenu sa confiance pleine et entière en tant que Directeur de Campagne. Ce fait met en lumière une culture de la dépense publique peu rigoureuse au sein de la majorité sortante dont Grégoire est l’héritier direct.


Trahison et déloyauté : le désaveu d’Anne Hidalgo

Quels sont les faits ?

Anne Hidalgo a publiquement refusé de soutenir Emmanuel Grégoire, déclarant sur Public Sénat en mars 2025 : « Je ne pourrai pas soutenir quelqu’un qui a passé son temps à me tirer le tapis sous le pied ». Elle estime qu’il n’a pas « rempli son rôle de protéger le maire » et qu’il a « trahi » en se présentant sans l’en informer.

Après le naufrage de la présidentielle de 2022, Grégoire assure que la maire aurait « tout fait pour torpiller sa candidature ». Il finit par concrétiser sa rupture en déclarant en février 2026 : « Je ne suis ni son candidat, ni son héritier ».

Le problème est que Grégoire ne peut ni revendiquer franchement l’héritage Hidalgo ni s’en détacher nettement. Sa rivale Rachida Dati résume l’attaque en une formule : « Grégoire, c’est Hidalgo en pire ».

Sources : Public Sénat (13 mars 2025), Orange Actu (11 février 2026), Les Jours (3 mars 2026).

Pourquoi ça pose problème ?

Le désaveu public de son ancienne supérieure hiérarchique directe, avec qui il a travaillé pendant dix ans, pose un sérieux problème de crédibilité : s’il a été déloyal envers la maire qu’il servait, pourquoi serait-il loyal envers les Parisiens ? S’il était en désaccord avec la politique suivie, pourquoi ne pas avoir démissionné ?


Propreté, sécurité, drogue : un bilan négatif reconnu

Quels sont les faits ?

L’opposition ne cesse d’insister depuis des années sur le manque de propreté de Paris, sur l’insécurité, sur les quartiers abandonnés aux toxicomanes ou aux campements de migrants et de SDF. Le hashtag #SaccageParis a connu un succès considérable sur les réseaux sociaux.

Emmanuel Grégoire lui-même reconnaît ces faiblesses, admettant des « ratés » et promettant une « rupture de méthode » avec Hidalgo. En février 2026, il déclare : « Si les Parisiens pensent que Paris est sale – et les enquêtes sont claires là-dessus – je dois y répondre ».

Selon un sondage Ipsos (mars 2026), 42 % des Parisiens estiment qu’il ne ferait pas un bon maire, et les problématiques de sécurité et de propreté alimentent une insatisfaction significative.

Sources : France 3 / Ipsos (3 mars 2026), France 24 (22 février 2026), TIME France (2 mars 2026).

Pourquoi ça pose problème ?

Emmanuel Grégoire était le numéro deux de la Ville pendant six ans. Les échecs qu’il reconnaît sont ceux de la mandature dans laquelle il occupait le poste le plus élevé après le maire. Promettre une « rupture de méthode » quand on était le bras droit du maire est un exercice de crédibilité périlleux.


Un profil d’apparatchik sans notoriété

Quels sont les faits ?

Malgré un parcours institutionnel de plus de quinze ans (chef de cabinet de Delanoë, chef de cabinet d’Ayrault à Matignon, adjoint et premier adjoint d’Hidalgo), la notoriété d’Emmanuel Grégoire auprès du grand public reste très limitée. En janvier 2026, lors d’une sortie sur un marché avec Bertrand Delanoë, c’est l’ancien maire socialiste qui a été le plus souvent reconnu.

Ses détracteurs le décrivent comme « un apparatchik technocratique sans grand relief ni panache, un peu terne, un peu sectaire, sans grande connaissance des réalités économiques, héritier d’un pouvoir usé jusqu’à la corde après vingt-cinq ans aux affaires » (Contrepoints, février 2026).

Sources : Contrepoints (février 2026), France 24 (22 février 2026), Parlons Politique (février 2026).

Pourquoi ça pose problème ?

Le déficit de notoriété d’Emmanuel Grégoire reflète un parcours entièrement inscrit dans les cabinets et les arcanes du pouvoir, loin du contact avec les Parisiens. Il illustre le caractère autorférentiel d’un système socialiste parisien au pouvoir depuis 25 ans, qui sélectionne ses candidats par cooptation interne plutôt que par la reconnaissance des électeurs.


Tahitigate : Face au scandale, le silence vaut caution !

Quels sont les faits ?

En octobre 2023, Anne Hidalgo s’envole pour la Nouvelle-Calédonie puis la Polynésie française, officiellement pour inspecter le site olympique de surf de Teahupo’o. Elle ne se rendra finalement jamais sur le site de compétition. Après la partie officielle, elle prolonge son séjour de deux semaines pour des vacances privées chez sa fille, sur une île voisine de Tahiti. La délégation comprenait six personnes (trois élus et trois collaborateurs), pour un coût total d’environ 60 000 euros supporté par le budget de la Ville de Paris.

Le scandale prend de l’ampleur lorsque Le Canard Enchaîné révèle une facture téléphonique délirante : la mairie de Paris a reconnu avoir dépensé environ 10 000 euros pour seulement 5 Go de données mobiles, en raison d’un défaut d’anticipation sur les coûts d’itinérance en Polynésie française.

L’association AC !! Anti-Corruption dépose plainte tandis que Transparence Citoyenne effectue un signalement auprès du PNF. En novembre 2023, le Parquet national financier (PNF) ouvre une enquête préliminaire pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics. Le 5 mars 2024, l’Hôtel de Ville de Paris et ses annexes sont perquisitionnés par la Brigade de répression de la délinquance économique, en présence de magistrats du PNF.

Pour se dédouaner, Anne Hidalgo a fait valider son voyage par la commission de déontologie de la Ville de Paris – dont les membres sont nommés sur proposition de la maire elle-même. L’opposition a qualifié ce quitus de mascarade : « Anne Hidalgo veut blanchir son voyage par une commission qu’elle a elle-même désignée ».

Au Conseil de Paris, en février 2025, la mairie a finalement reconnu les dépenses téléphoniques excessives et annoncé avoir « pris ses dispositions » pour de futurs déplacements.

Sources : Le Parisien, Le Canard Enchaîné, France Bleu Paris (5 mars 2024), Le JDD (16 novembre 2023), France 3 Île-de-France (5 mars 2024), Tahiti Presse (février 2025).

Quel est le rôle d’Emmanuel Grégoire ?

Emmanuel Grégoire était premier adjoint de la maire de Paris au moment du voyage. À ce titre, il était le numéro deux de l’exécutif municipal et disposait d’une autorité transversale sur les finances et le fonctionnement de la Ville. Plusieurs éléments posent question sur son rôle dans cette affaire.

Alors qu’il prétend aujourd’hui incarner une « rupture de méthode » avec Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire n’a jamais publiquement critiqué ni le voyage, ni son financement, ni les dépenses téléphoniques aberrantes. Son silence au moment des révélations contraste avec l’indignation générale. Le Tahitigate s’inscrit dans un schéma plus large d’une culture de l’impunité en matière de dépenses publiques discutables sous la mandature Hidalgo-Grégoire : les frais personnels d’Éric Lejoindre (directeur de campagne de Grégoire) épinglés par la CRC, les notes de frais de la Maire de Paris, et une dette municipale portée à 12 milliards d’euros. Le premier adjoint en charge du budget avait le devoir de mettre fin à ces dérives. Il ne l’a pas fait.

Pourquoi ça pose problème ?

Le Tahitigate illustre le double discours d’Emmanuel Grégoire. D’un côté, il revendique une « rupture de méthode » avec Hidalgo et promet une gestion rigoureuse de l’argent public. De l’autre, il n’a rien fait pour empêcher (et/ou n’a pas mis en place les procédures de contrôle idoines pour vérifier) un déplacement dont le caractère mi-public, mi-privé fait l’objet d’une enquête du Parquet national financier pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics.

Il ne s’agit pas ici de savoir si Grégoire était physiquement présent dans l’avion pour Tahiti. Il s’agit de constater que le gardien du budget de la Ville de Paris a laissé sa maire utiliser 60 000 euros d’argent public pour un déplacement dont une partie servait à financer des vacances privées – sans broncher, sans alerter, sans contrôler. C’est précisément cette passivité face aux dérives qui caractérise le bilan de l’équipe Hidalgo-Grégoire.


Tour Triangle : un projet soutenu par Grégoire fait l’objet d’une enquête du PNF

Quels sont les faits ?

La Tour Triangle est un gratte-ciel de 180 mètres conçu par Herzog & de Meuron, porté par le promoteur Unibail-Rodamco-Westfield (URW) sur le Parc des Expositions de la Porte de Versailles. Le projet, né en 2008 sous Delanoë avec Hidalgo comme première adjointe à l’urbanisme, a été validé par le Conseil de Paris en 2015 dans des conditions aujourd’hui contestées par la justice.

Le point central des critiques concerne le montage financier. Selon Anticor, la Ville a pris trois décisions en faveur d’URW et contre l’avis de ses propres services : résiliation anticipée du contrat de concession existant, versement d’une indemnité de 263 millions d’euros à Unibail pour un préjudice non démontré, puis attribution d’un nouveau bail emphytéotique de 47 ans à la même société dans des conditions jugées irrégulières — délais de dépôt trop courts, droit d’entrée initialement fixé à 263 millions d’euros finalement dispensé. Au total, la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France chiffre à 360 millions d’euros le manque à gagner pour les finances parisiennes.

En octobre 2020, Anticor dépose plainte pour favoritisme auprès du Parquet national financier (PNF). En juin 2021, le PNF ouvre une enquête préliminaire. En juillet 2022, l’Hôtel de Ville est perquisitionné — direction de l’urbanisme, affaires judiciaires, affaires financières et cabinet de la maire, dont le bureau d’Anne Hidalgo elle-même. En avril 2025, Élisabeth Borne, ancienne directrice de l’urbanisme à Paris au moment des faits, est entendue par les magistrats instructeurs. L’enquête est toujours en cours.

Sources : Anticor (plainte et dossier complet), Batiactu (juillet 2022), Collectif contre la Tour Triangle, Le Canard Enchaîné (avril 2025), Le Journal du Grand Paris (juillet 2020), Batiweb (mai 2024).

Le rôle d’Emmanuel Grégoire ?

En juillet 2020, Emmanuel Grégoire est nommé premier adjoint spécifiquement en charge de l’urbanisme, de l’architecture et du Grand Paris. Il hérite du dossier Triangle et l’assume sans réserve. Alors même qu’une enquête pour favoritisme est ouverte au PNF, il salue publiquement l’annonce du lancement des travaux comme « une excellente nouvelle pour l’attractivité de Paris et de notre pays ». Lorsqu’une majorité du Conseil de Paris — y compris ses propres alliés écologistes — demande à minima de réduire la hauteur de la tour, Grégoire balaie la demande, la qualifiant de « vœu impossible à mettre en œuvre », ajoutant qu’Unibail n’avait « aucunement l’intention de renoncer ». Jusqu’à sa démission en juillet 2024, Grégoire est resté le défenseur institutionnel d’un projet immobilier sous instruction judiciaire.

Pourquoi ça pose problème ?

Emmanuel Grégoire n’est pas un spectateur de cette affaire : d’une part, il fut le collaborateur de Jean-Louis Missika, adjoint au Maire de Paris en charge de l’urbanisme et principal artisan de ce projet, dont il est resté proche. D’autre part, il était l’adjoint chargé de l’urbanisme et donc politiquement en charge du dossier quatre ans, au moment même où l’affaire éclatait. En tant qu’adjoint à l’urbanisme, il supervisait les relations de la Ville avec les grands promoteurs immobiliers, dont URW. Pendant toute cette période, il n’a jamais exprimé la moindre réserve sur les conditions d’attribution du marché — pourtant jugées irrégulières par la Chambre régionale des comptes dès 2020 et faisant l’objet d’une instruction pénale active. Promettre aujourd’hui une gestion transparente de l’argent public devient difficile à crédibiliser pour celui qui fut l’un des principaux défenseurs politiques d’un projet dont le montage financier a été critiqué par la Chambre régionale des comptes, qui évoque un manque à gagner potentiel pouvant atteindre 360 millions d’euros pour la Ville.


Ce document recense des faits vérifiables au travers de sources de presse (franceinfo, France 24, Public Sénat, Le Parisien, Le Monde, Contrepoints, Actu-Juridique, etc.) et de documents publics (débats au Conseil de Paris, rapport de la Chambre régionale des comptes). Il ne préjuge d’aucune décision judiciaire à venir.

Dernière mise à jour : 5 mars 2026.